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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 13:55

 pour la petite fabrique d'écriture 

 

Voici le printemps ! Tout est joyeux. La nature se réveille et comme toutes les années au début du mois d'avril toutes les associations vont se réunir.

C'est ainsi que remontant les gouttes de pluie pour s'installer sur le nuage, la congrégation des pétales accompagnée de la fanfare des mille feuilles avance comme un régiment de soldats. A sa tête, le général Magnolia se dandine, un peu essoufflé pour cause d'embonpoint. Derrière, essayant de l'imiter les sœurs Tulipe qui rougissent à chaque cou d’œil que le général jette au-dessus de son épaule. Et c'est le tour des enfants Cerise toujours indisciplinés qui vagabondent de droite et de gauche au grès de la brise printanière.

Le soleil fronce les sourcils devant tous ces débordements. Les feuilles qui encadrent tout ce beau monde sont un peu bousculées et la musique émise par leur bruissement, militaire et disciplinée au départ de la procession s'est transformée air jazzy genre Nouvelle-Orléans. Même le dandinement du général Magnolia s'en est accommodé.

Tout à coup le général s'arrête brusquement et toute la troupe se retrouve agglutiné dans son dos, qu'il a bien dodu il faut l'avouer, ce qui a permis d'amortir la bousculade. Fronçant quelques nervures, soufflant sur un reste d'étamine, il se retourne et parlant haut et fort pour que tous puissent l'entendre au-dessus du brouhaha, dit :

- nous avons besoin de parfum. Où est passée la famille Aubépine?

seul un lourd silence lui répond. Il fronce un peu plus les nervures. Ce qui fait rire les enfants Cerise :"s'il continue il va faner plus vite"

quand de très loin une petite voix assourdie répond:

-Nous ne pouvons pas venir, nous sommes encore dans les bourgeons. comme chaque année, vous vous réunissez trop tôt pour nous.

Le général se redresse, se remet dans le sens de la marche en grommelant que c'est ennuyeux et qu'il faudra bien trouver une solution. Toute la petite troupe se remet en marche et arrive sans encombre au bord du nuage. Ils trouvent tous facilement leur place. Les enfants Cerise ont trouvé un petit monticule où ils peuvent rebondir en sautant comme sur des ressorts. Contents de tous se retrouver chacun interpelle une vieille connaissance.

Soudain un brouhaha venant du moutonnement de l'arrivée se fait entendre. Le silence se fit parmi les congrégations pour que tous puissent entendre ce qui se passait. L'association des Vers de tous pieds faisait son entrée discutant haut et fort. Apparemment, il y avait un problème. Martial, le ver de terre discutait de manière énergique avec Isidore l'iule non moins virulent. Ils n'étaient vraiment pas d'accord. L'un voulait, l'autre pas. Derrière eux le ver à soie et un objet non identifié pour l'assemblée se disputaient.

Le général décida que cela suffisait et s'approcha des antagonistes pour demander de quoi il s'agissait. Ce qui ne fit qu'empirer le bruit, une vraie cacophonie. Si cela continuait, ils allaient provoquer un orage ce qui ferait dégonfler leur nuage et rater leur réunion. D'une voie tonitruante il cria ; "SILENCE !"

On entendit le frémissement du vent sur le nuage.

Tout de suite il en profita pour demander:

- bonjour! Vous, la chose! Qui êtes-vous?

l'objet non identifié répondit:

- je suis Alexandrin le jeune, issu d'une longue lignée de vers. Mon ancêtre le plus lointain connu est né au XII ème siècle de notre ère.

Tous s'esclaffèrent, depuis longtemps déjà ils ne cherchaient plus à savoir qui était leur plus ancien ancêtre. Cela datait de la formation du monde.

-Silence!

-et qu' est-ce qu'un alexandrin?

- un vers à 12 pieds

Les vers de la communauté regardèrent ce drôle de... de quoi déjà? Pas animal, pas végétale ! Truc, machin, bidule, entité, bizarre.

le ver à soie se lança

- Douze pieds? Comment cela?

- oui, douze syllabes et je rime avec mon frère.

- comment cela? Tu parles un drôle de langage ! rime? Que veux-tu dire ? Comme est-ce que je peux rimer ? Et puis syllabe ? C'est quoi?

- on rime quand notre dernier pied est semblable au dernier d'un autre vers.

- ah! ? mais je n'ai pas de dernier pied. Les miens vont par paire ? Lequel est le dernier ? Celui de droite ou celui de gauche!

- moi, ils sont les uns derrière les autres, à la queue leu leu

- et bien comment fais-tu pour avancer ? Tu dois tomber tout le temps!

- non, non ! c'est très facile ! Je ne bouge pas. Je suis inscrit dans un livre et quand on me déclame je suis transporté par le vent comme une feuille ou un pétale.

Plus personne ne comprenait ce ver qui ne parlait pas le même langage que l'assemblée.

Curieux le ver de terre demanda

- c'est quoi un livre?

La feuille de laurier, violoncelle de la fanfare, se précipita et dit :

- je sais, je sais ! Mon grand oncle le chêne me l'a expliqué quand notre arrière-arrière cousin le peuplier s'est retrouvé couché parterre découpé en tronçons. Une autre confrérie (de géants, qu'on ne connaît pas) l'a découpé.

- découpé ? Comme les fourmis avec les feuilles?

- oui, c'est ça. Ils en font de très petits morceaux, mélangés avec de l'eau. Quand c'est sec cela fait des feuilles blanches comme les pétales de cerisier. Ils mettent les feuilles ensemble serrées les unes contre les autres et ça fait un livre.

-des feuilles blanches ! Elles sont malades ou c'est de la monnaie du pape!

- non, non, elles sont très grandes ! Encore plus que les feuilles de rhubarbe!

- c'est nul ! Ca sert à rien!

- à nous, non. Mais ils doivent bien en faire quelque chose, parce que l'année dernière ils ont pris tous les peupliers de l'autre côté de la clairière aux violettes.

Alexandrin s'impatientait

- alors ? S'il vous plait ? Je peux rester...dites?

Tous se regardèrent très intrigués et perplexes.

Le Général se racla la gorge et d'un ton solennel dit:

- dans le doute nous t'accepterons dans communauté des vers de tous pieds et tu seras dans la catégorie des vers exotiques

- tous acquiescèrent, soulagés que quelqu'un de haut rang trouve une solution.

Alexandrin le jeune se redressa et glissa sur le nuage pour s'arrêter auprès du Général.
Très loin de là, au fin fond de la Grande Bibliothèque, pour la confrérie des poèmes c'étaient l'état d'urgent. La répétition de la réunion annuelle ne pouvait commencer. Pour la première fois on devait déclamer "L'Expiation" . Or le premier vers manquait à l' appel. Et pas de doublure pour le remplacer. C'était un des vers que Victor Hugo n' avait pas raturé.

"Waterloo! Waterloo! Waterloo! Morne plaine,"

 

 

 

 

 

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Toi, l'ami qui vient me lire,

Ici, tu es libre.
Tu peux juste passer le long de la clôture,
entrouvrir la petite porte,
ou bien venir t' asseoir sur le banc,
Coin-de-jardin.JPG t'imprégner des senteurs fleuries
des arbres de l'amour et de l'amitié,
des fleurs parfumées
De tendresse, de plaisir et de douceur
Reste, je te rejoindrais
à l'ombre des arbres
pour te donner la quiétude et la sérénité,
et si tu es bien, accepte quelques fleurs... 
Mon ami Sophocle,
ici tu verras comme
"il est doux de perdre la conscience de tes malheurs",
dis moi quand tu seras de passage!
Juste un signe qui sera
une graine de bonheur dans mon jardin! 

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