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2 octobre 2009 5 02 /10 /octobre /2009 10:00

Il fait froid. Le ciel blanc-gris donne une clarté particulière et l'air glacé a un parfum de neige. La bise est là, nous enveloppant d'un châle de glace. Le passant n'est pas chalant et se presse vers quelques foyers. Parmi eux, je me hâte vers mon rendez-vous. Un peu en avance, j'entre dans le café. Une petite clochette suspendue en haut de la porte annonce mon entrée.

L'air chaud s'engouffre par la porte laissant entrer un tourbillon de frissons. La porte se referme vite, voulant ainsi garder la chaleur. Un bref silence, le temps que le groupe accoudé au comptoir lance des regards un peu réprobateurs vers l' entrée, puis oubliant la bouffée d'air frais, se replonge dans les conversations, appréciant de nouveau l'atmosphère dense du bar.

Les odeurs me sautent au visage, les unes mêlèes aux autres, envahissant  mes fosses nasales. Le café est le plus intense, mais bataille fort avec de vieilles odeurs de tabac froid et de liqueurs bon marché. J'avance le long du bar, croisant les effluves des haleines avinées, anisées et maltées. Le garçon me salue et je commande un grand chocolat chaud puis je m'installe à une petite table avec vue panoramique sur la salle tout en me permettant de surveiller l'entrée.

Derrière le bar, le patron essuie les verres tout en participant aux conversations des consommateurs accoudés au bar. Discret son regard fait le tour de la salle.

La porte s'ouvre sur une habituée. Le patron la salue: "bonjour Ginette!". Petite silhouette grise sur des talons aiguille, en se déhanchant elle se glisse sur le haut tabouret, devant le comptoir prés de la porte, comme si elle avait peur de déranger. "Bonjour, Louis. comme d'habitude."
Elle déboutonne le manteau et dénoue l'écharpe enroulée autour de son cou gracile. Sur sa tête, elle a posé, légèrement sur le côté un petit chapeau qui laisse voir quelques boucles rousses qu'elle remet en place en se regardant dans le miroir piqué du bar. Elle vérifie son maquillage dans la petite glace ronde de son poudrier. Elle se repoudre le nez et le front, puis du bout du doigt essuie le coin de sa bouche, une touche de rouge sur ses lèvres qu'elle pince. Puis elle alume une cigarette blonde mentholée.
Louis, le patron, balance le torchon sur son épaule et pose devant elle le verre qu'il vient d'essuyer. Une dose de crème de cassis, la bouteille de vin blanc sortie de derrière le comptoir, il remplit le verre à ras bord sans le faire déborder.
  L'odeur de vin blanc envahit ses narines.  Sa main se tend. Les doigts légers effleurent le pied puis un peu timides enserrent le verre. Elle soulève un peu le verre. Une vague et une goutte de liquide rose coule le long du verre et s'arrête sur le bord du pied. Le regard se fait indifférent quand les lèvres se tendent vers le bord du verre et aspirent une gorgée. Le liquide rose envahit sa bouche, l'alcool ne dérange plus les papilles ... comme d'habitude. Un sourire à peine esquivé fige les lèvres minces qui, en s'écartant, ont laissé une empreinte de rouge à lèvres.  
Dans le miroir elle observe les autres consommateurs. Je baisse les yeux pour ne pas croiser son regard, pour ne pas la déranger. Le travelling terminé, le regard est de nouveau plongé dan le liquide rose. Maintenant, le verre s'approche des lèvres peintes, le coude se lève et à petites gorgées elle syphone le verre. Puis comme à regret elle le repose sur le zinc. Le regard, jusqu'à présent vide,semble s'éclairer d'une lueur de vie. Elle aspire une  longue goulée de fumée qu'elle rejette lentement en entrouvant les lèvres. Le nuage monte lentement vers le plafond où il s'éclipse.
Je finit mon chocolat et pose quelques pièces de monnaie dans la soucoupe. 
La clochette de la porte s'agite. Je détourne mon regard vers l'entrée. mon ami est là, qui me fait signe. Nous avons juste le temps pour la prochaine séance.
Quand je passe la porte j'entends :"Louis, un petit dernier avant de partir, s'il te plait!"
 

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Published by Mélodie - dans Comme ça
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commentaires

05/10/2009 14:43


Les haleines avinées ou anisées devraient être interdites.


Mélodie 05/10/2009 15:24


Je reconnais bien là un amateur de pur malt 


Sand 03/10/2009 12:38


le genre d'habitude qui maintient en vie, seul petit plaisir qu'il reste de la vie.
Très chouette texte Mélodie !!
Bisous


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Le jardin de Mélodie

Toi, l'ami qui vient me lire,

Ici, tu es libre.
Tu peux juste passer le long de la clôture,
entrouvrir la petite porte,
ou bien venir t' asseoir sur le banc,
Coin-de-jardin.JPG t'imprégner des senteurs fleuries
des arbres de l'amour et de l'amitié,
des fleurs parfumées
De tendresse, de plaisir et de douceur
Reste, je te rejoindrais
à l'ombre des arbres
pour te donner la quiétude et la sérénité,
et si tu es bien, accepte quelques fleurs... 
Mon ami Sophocle,
ici tu verras comme
"il est doux de perdre la conscience de tes malheurs",
dis moi quand tu seras de passage!
Juste un signe qui sera
une graine de bonheur dans mon jardin! 

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