Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 10:42

Jeu d’écriture proposé par les poudreurs d’escampette : Le texte devra inclure en position non négligeable : un fourgon de police, les paroles d’une chanson, un chêne centenaire, une montre à gousset, un appareil photo, un médecin urgentiste et un bébé dans une poussette.

 

Allongée sur le trottoir Laurent voit le ciel du même bleu que ses yeux. Il ne ressent plus rien. C’est comme s’il n’avait plus de corps. Les bruits de la rue se sont interrompus, c’est comme le murmure d’une berceuse. Ses lèvres remuent sans émettre un seul son, mais il entend sa voix chanter : « Fais dodo, Colas, mon petit frère, fais dodo t’auras du lolo », cette chanson que lui chantait sa sœur ainée pour qu’il accepte de faire la sieste.

Il se revoit sur sa moto folle, dérapant sur la plaque d’égout détrempée par la pluie, lâchant le guidon. Lui s’envolant au delà de la grille du jardin public, la moto rebondissant dans un fracas immonde sur la voiture en stationnement et traversant la rue pour heurter violemment un bébé dans une poussette. La moto s’est arrêtée dans le café, faisant voler en éclat la vitrine, dans un bruit de ferraille et de verre brisé. Un silence, lourd, pesant s’est fait lorsque comme un pantin désarticulé son corps traversant le grand chêne centenaire du parc, le meurtrissant en cassant des branches.

Les bruits de la ville reviennent progressivement. Des bruits de pas, des mains qui le touchent pour écarter les branchages du vieil arbre qu’il a entrainés dans sa chute, une voix grave, peut-être d’homme lui demande si ça va, s’il veut qu’on lui enlève le casque. NON ! Surtout pas ! Il a essayé de crier mais un borborygme s’est échappé de ses lèvres accompagné d’un hoquet de sang rouge. Au loin des sirènes hurlent, une ambulance des pompiers certainement accompagnée d’un fourgon de police. Les policiers. Il imagine le groupe des experts mesurant et traquant le moindre indice. Cela le fait sourire. Il tousse, il vomit du sang, une douleur fulgurant lui tiraille le torse, quelques côtes cassées, sans doute.

Du coin de l’œil il aperçoit en travers de son ventre, sa besace béante ouvrant sur son matériel de photo. Pourvu qu’il n’ait pas perdu ses cartes. Il voudrait tendre la main pour la refermer, mais sa main est si lourde.  Son meilleur scoop de l’année ! Peut-être un prix à la clé, mais surtout un gros chèque. Demain il faudra qu’il demande à Michel de lui apporter son PC pour expédier les photos. Pas questions de confier cela à qui que ce soit. L’objectif de son appareil photo fixe son visage blafard et ces yeux vitreux qui ont perdu leur éclat. Il a envie de demander à l'homme d’appuyer sur le déclencheur pour immortaliser ces minutes. Des bottes apparaissent dans son champ de vision. Un pompier médecin urgentiste se présente, se penche sur lui et un visage un peu flou se découpe sur le ciel. Il cligne des yeux.

- Monsieur ? Vous m’entendez ?

- Bien sûr que je vous entends et ce n’est pas la peine de crier comme ça.  Ces mots inaudibles s’échappent de sa bouche entre deux quintes de toux.

Il ferme les yeux, une main tiède se pose sur son cou pour mesurer son pouls qui s’amenuise inexorablement.

-Vite ! Une perf ! Il fait une hémorragie !  Il est en train de partir !

Des mains fortes appuient sur son torse. Un masque est appliqué sur son visage. De l’air frais traverse son nez. Ses côtes sont douloureuses.  Il veut crier qu’il a mal, qu’on le laisse tranquille, qu’il veut dormir. Le temps passe. Son souffle s’épuise. Au loin une voix essoufflée psalmodie : « Respirez ! Respirez ! Respirez ! »

 

Au fond de la poche de son pantalon, La montre à gousset sonne midi. Trop tard pour l’édition de ce soir. Il faut prévenir sa mère, il devait déjeuner avec elle et avertir Armel, la concierge pour qu’elle vienne s’occuper de son chat.

Il compte les douze coups: un, deux, trois, quatre … Laurent n’entend plus, il ne voit plus. L’appareil photo aveugle n’a pas enregistré la dernière seconde où le rideau de la vie s’est refermé.

Une civière est apportée, on le glisse dans une housse. La fermeture est remontée jusqu’au dessus de son casque. La besace refermée est posée sur ses jambes.

De l’autre côté de la rue, l’ambulance des pompiers emporte une mère éplorée et l’enfant meurtri, vers l’hôpital, dans un hurlement de sirène.  

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Mélodie - dans Jeux de mots
commenter cet article

commentaires

sand 15/07/2010 18:51



Bien triste nouvelle, poignante . Pro jusqu'au dernier souffle



Présentation

  • : Le blog de Mélodie
  • Le blog de Mélodie
  • : Plaisir d'écrire
  • Contact

Profil

  • Mélodie

Le jardin de Mélodie

Toi, l'ami qui vient me lire,

Ici, tu es libre.
Tu peux juste passer le long de la clôture,
entrouvrir la petite porte,
ou bien venir t' asseoir sur le banc,
Coin-de-jardin.JPG t'imprégner des senteurs fleuries
des arbres de l'amour et de l'amitié,
des fleurs parfumées
De tendresse, de plaisir et de douceur
Reste, je te rejoindrais
à l'ombre des arbres
pour te donner la quiétude et la sérénité,
et si tu es bien, accepte quelques fleurs... 
Mon ami Sophocle,
ici tu verras comme
"il est doux de perdre la conscience de tes malheurs",
dis moi quand tu seras de passage!
Juste un signe qui sera
une graine de bonheur dans mon jardin! 

Recherche

Textes protégés

sceau1ah

00048925