Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
11 août 2010 3 11 /08 /août /2010 06:38

Pour les Poudreurs d’escampette, logo rallye italien, pour voyager un peu,  tous les mots à replacer dans le récit sont d’origine italienne

 

Sous le ciel indigo, la mer scintille douce et calme après la tempête. Sur le tableau la gouache a immortalisé cet instant magique. Le pinceau n'est pas arrivé à temps pour dessiner les cumulus poussés par le vent, ce vent si violent que les trombes d'eau à l'horizontal peinaient à se redresser pour atteindre le sol. La mer en colère jouait avec les plus grosses vagues pour rejeter sur le sable tous les déchets du monde. Aucun être vivant n'était sorti pour admirer la colère de la nature qui se révolte. L'humain viendra constater le désastre et s'enquerra de ce que pourront faire les assurances.

Et pendant que la lagune panse ses plaies, le pinceau se met à l'ouvrage et caresse une toile posée là, sur le sable. De quelques mouvements rapides sur la toile immaculée il délimite le territoire: un peu de ciel, un peu de mer presque aussi bleue que le ciel et une longue plage de sable blond saccagée devant la lagune verdâtre. Sur la plage les parasols et chaises longues ont disparu pour s'amonceler dans les eaux du marais.

Au milieu de la plage, parmi les morceaux de bois flottés et les divers détritus que la mer malade a vomi, une mouette rieuse pianote sur le clavier d'un accordéon à demi ensablé. Au milieu de ce cimetière des curieux déambulent dans une mascarade grotesque. L'un d'eux s'est arrêté, en caleçon, il dessine des arabesques de la pointe de son fleuret sur le sable mouillé.

Embusqué derrière les restes d'un canot de sauvetage, voulant passer incognito l'inspecteur de police vêtu de l'imperméable de Colombo mène l'enquête en observant tout ce beau monde et plus particulièrement deux jeunes femmes. Toutes deux habillées en tenue de beatnik des années soixante dansent en tenant une banderole qui perd des lambeaux de chiffon. Leur sarabande les mène autour d'un tas d'immondices : sacs de supermarché déchirés, monceaux d'algues vertes en décompositions d'où émergent des mouches agressives. Le fleurettiste agite son arme pour chasser les insectes.

Plus loin, un homme s'avance. Burlesque, autant qu'il peut l'être, un homme en costume trois pièces et chapeau melon arpente la plage en lisant son journal et croquant un berlingot à l'anis. Une feuille du journal happée par le vent se replie et tente une envolée digne des meilleurs albatros. Le journal chiffonné, illisible va rejoindre les bouteilles et sacs poubelle en matière plastique non-biodégradable. L'homme au chapeau melon chante à tue-tête, peut-être La mer de Charles Trenet. Le pinceau dessine quelques notes de musique au dessus du chapeau et le journal roulé en boule aux pieds de l'homme.

L'inspecteur écrit avec frénésie sur son calepin et ajoute à la longue liste des pollueurs: après mesdemoiselles Martin, Monsieur Lagardère et Monsieur Dupont. Puis il jette son mégot de cigarette dans la mer qui, à la première vague s'empresse de le rejeter sur le sable. Ainsi va la pollution, à pollueur, pollueur et demi.

Le pinceau se redresse pour prendre la mesure de son œuvre. Maintenant, la lagune est envahie par des objets insolites pour ce lieu qui fut paradisiaque, cadeaux que la mer dans sa grande colère lui a donnés.      
Dans le lointain, derrière un champ de tournesols couchés, la cheminée de l'incinérateur des ordures ménagères crache une fumée "propre", Mais nul ne sait dire depuis combien de temps les filtres ont été nettoyés. Encore quelques touches de gouache ici, et au bout de la plage émerge un phare, sentinelle de la mer, il rappelle aux marins que là se trouve un havre de paix.


Signé: "Un pinceau et une boîte de gouache rejetés par la mer"

Repost 0
Published by Mélodie - dans Jeux de mots
commenter cet article
19 juillet 2010 1 19 /07 /juillet /2010 08:59

 

SurvivanteLa petite fille, le nez collé à la vitrine parlait aux mannequins. Après le cataclysme, elle s’était retrouvée seule au milieu de la grande rue. C’était comme si tout avait été remis à zéro. Elle avait marché sur le trottoir longeant les grandes vitrines. A chaque magasin elle essayait d’entrer mais les portes de verre étaient trop lourdes et les poignées trop hautes pour sa petite taille. Tout semblait s’être allongé ou bien c’était elle qui avait rétréci. Devant la boutique de mariage, elle s’arrêta, regarda les deux personnes derrière la vitrine. Elles étaient très grandes, très minces et regardaient bien au dessus d’elle de l’autre côté de la rue où il n’y avait rien à voir. De son petit point elle toqua la vitre. Rien. Pas de réaction des deux géants. « Hou ! Hou ! Hé ! Madame ! Hé ! Monsieur ! Regardez-moi ! Savez-vous où est ma maman ? Je suis perdue ! Les noms des rues sont effacés. Vous avez pas vu mon Doudou ?»

Au coin de la rue un groupe d’êtres venus d’ailleurs l’observaient.  Ils attendaient les informations du quartier général qui tardait à leur fournir le traducteur universel.

Ils étaient arrivés de leur galaxie YX582², après de nombreuses observations et analyses de la planète bleue. Leur planète-capitale était depuis peu Béta, Alpha ayant été détruite par une comète qui avait été détournée de sa trajectoire en heurtant le satellite de la planète bleue.

Ils ont traversé de nombreuses années-lumière. Mais par le Passage ils n’ont mis que quelques minutes, le temps d’être désintégrés puis réintégrés. Pendant des lustres ils ont observés cette belle planète bleue, ses composants, son activité autour de son étoile. Puis leur technologie évoluant ils ont découvert leurs curieux habitants. De nombreuses sortes avec des styles de vie différents et plus ou moins évolués. Il y avait cette variété très particulière, des êtres très intelligents mais pas du tout adapté à leur milieu ambiant car ils devaient se couvrir d’une ou plusieurs couches de peaux. En revanche ils étaient de loin les plus nombreux. Ils les appelèrent, les tueurs, car ils avaient un côté destructeur très développés. Non seulement, ils tuaient et détruisaient les autres variétés, mais ils s’entretuaient aussi. Ce qui était inconcevable pour la population d’ YX582². 

Un beau jour une mission avait été organisée pour venir voir de près cette planète. Celle-ci devait avoir lieu dans quelques mois, mais avait été avancée, les observations montrant qu’il n’y avait plus de vie. De nouvelles analyses montrèrent que l’atmosphère avait un taux de radiation très élevé très proche de celui deYX582²-Beta. Les savants d’YX582² attendaient le résultat de leurs observations et décideraient s’il convenait de continuer les projets de déménagement où de recommencer les recherches d’une autre planète.

L’expédition composé d’une dizaine de membres de la société scientifique, avait survolé les terres puis avait  plongé dans les eaux qui étaient très étendues sans rencontrer de vie. 

Les scientifiques flottaient sur leurs véhicules-lévitant dans ce qui chez eux aurait été la grand-rue. Des boutiques avec des vitrines protégées par des plaques de verre exposaient de nombreux objets. La vie s’était retirée. Ils avançaient sans bruit quand ils entendirent un son comme un pépiement. En alerte ils progressaient lentement, attendant que le quartier général leur fournisse une explication sur ce bruit. Arrivés au coin de la grande artère, ils regardèrent d’où cela venait. C’est là qu’ils aperçurent la petite fille. Les informations du quartier général arrivèrent en masse sur le canal-urgentissime. Ils intégrèrent le traducteur qui leur permettrait de communiquer.

Prudemment ils avancèrent. Leur caméra thermique leur donnait une image de la petite fille très colorée et ils comprirent qu’il ne fallait pas la toucher, car ils se bruleraient sûrement. Enfin la petite fille les entendit et se tourna vers eux. « Bonjour ! ». Une voix robotisée lui répondit : « Bonjour !», ce qui la fit rire.

-         Tu as une voix, bizarre. Tu sais où es ma maman ?

-         Oui

-         Tu peux m’emmener où elle est ?

-         Oui, monte !

Debout sur le véhicule-lévitant, la petite fille remonta la grande rue et disparue dans le Passage.

Les scientifiques d’UX582² applaudirent. Enfin ils auraient un spécimen à analyser.

 

Repost 0
Published by Mélodie - dans Jeux de mots
commenter cet article
15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 19:01

Ecrire un texte contenant tous les mots de la liste suivante : Chevalier – pleurer – stencil – découper – once – cache – laïque – goulument – croustillant – empaumure – martagon – immobile – gaucher – navrant - station

 

 

 

Autour de la table, les conversations étaient animées en attendant qu’on serve les plats. C’était un repas extraordinaire. Dans la grande salle vouée du château les bruits des conversations semblaient amplifiés.

En ce temps présent on avait réuni autour de cette grande table des convives venant de tous les horizons, de toutes les races, de toutes les religions et le plus étonnant, de toutes les époques.

 

Monsieur Albert avait mis au point un transpondeur qui avait permis d’envoyer des émissaires dans toutes les époques. Les débuts avaient été chaotiques. C’est comme cela que je m’étais retrouvée face à Yvan le Terrible au lieu de danser sur scène avec David Bowie. Le plus difficile avait été d’expliquer que le transpondeur avait désintégré mes vêtements en matières synthétiques. Il avait été difficile de l’expliquer au tsar fou qui fit construire une cathédrale à mon intention pour me permettre d’expier mes péchés.

 

Après une mise au point méticuleuse, tous les chargés de mission avec de belles qualités d’ambassadeur avaient réussi à entrainer nombreux aventuriers pour venir assister au repas.

 

Nous avions choisi une table ronde pour qu’il n’y ait pas de discussion sur qui présiderait. 

 

Dans l’immense cheminée, de grosses buches crépitaient sous les longues broches garnies de porcelets. Au dessus, une énorme tête de cerf surveillait tout ce beau monde. Le chevalier du Guesclin avait admiré ses bois aux empaumures à cinq andouillers.  

 

Deux demoiselles de Saint Cyr, immobiles regardaient avec curiosité leur voisin commun, un gaucher qui jouait qui jouait à faire tourner le barillet de son revolver.

 

 Sur une desserte, les valets découpaient les volailles et le ton des conversations s’était  atténué. Puis les plats furent déposés sur la table.

 

Henri VIII pris une grosse cuisse de dinde à la peau bien croustillante. Avec un gros éclat de rire il mordit à pleine bouche et mâcha goulument tout en parlant la bouche pleine avec sa voisine sœur Emmanuelle qui semblait si petite aux côtés du géant. Prés de la religieuse, Jules Ferry conversait avec Bossuet sur les avantages de l’école laïque.

 

Au coin de la cheminée un enfant pleurait dans les bras d’une femme en robe bleue. La jeune mère dégrafa son corsage  pour lui donner le sein. L’enfant téta avidement le sein gonflé de sa nourrice. En face d’elle, assise devant une petite table à ouvrage une brodeuse faisait une démonstration de ponçage d’un stencil à Pénélope qui d’une main distraite défaisait la broderie qu’elle avait laborieusement cousu tout au long du jour. Autour des femmes, les enfants de Pierre le grand jouaient à cache-cache.    

 

Toute la tablée s’amusait aux facéties du clown Achille accompagné de son compère le clown blanc. Seul, assis entre son épouse et son père Philippe le bel, Louis le Hutin trouvait le spectacle navrant. Avec l’air contrarié, il regardait sa femme qui riait fort aux commentaires d’un jeune chevalier du Temple.

 

Enfin les derniers invités, retardataires arrivèrent. Il s’agissait de Christophe Lambert et Isabelle Adjani qui avaient enfin réussi à s’échapper du film « Subway », retardés par un incident technique à la station de métro Auber.

 

Dans la cuisine on entendait les plats et les assiettes se heurter sur les immenses plateaux portés par deux valets en habit. On percevait les ordres du grand chef britannique Gordon Ramsay qui claquaient et l’acquiescement des miterons, d’une seule voix. Comme à son habitude, il dirigeait la brigade d’une main de fer. Du fond de l’arrière cuisine le chef pâtissier Ladurée  hurlait après un commis qui utilisait une balance en once. Le silence se fit de nouveau du côté du laboratoire.

 

Dans la grande salle les verres se levaient, les joues rougissaient, les yeux brillants des hommes  plongeaient dans les décolletés des  gentes dames.

 

Monsieur Albert admirait tout ce beau monde avec satisfaction. Il aurait voulu participer à la fête, mais il lui fallait continuer ses recherches… Que dirait tout ce beau monde quand il avouerait que le retour n’était pas tout à fait au point.

 

Repost 0
Published by Mélodie - dans Jeux de mots
commenter cet article
13 juillet 2010 2 13 /07 /juillet /2010 08:05

 

Le premier grain de sable, était arrivé dans sa vie, simplement. Sa vie bien rodée, bien huilée se déroulait sans accroc comme on tricote un pull, du mariage-bonheur aux enfants qui avaient occupé vingt-cinq ans de cette vie. Les enfants n’avaient plus besoin d’elle, c’était dans l’ordre des choses, mais cela l’avait un peu déstabilisée. Elle se cherchait des occupations pour ne pas être oisive. Patchwork, broderie, dentelle aux fuseaux, jeux sur le PC puis sur internet. Cela faisait sourire son mari et ses enfants qu’elle joue à World Of Warcraft , le grain de sable. wow mage guide qjpreviewthDes connaissances virtuelles avec des jeunes joueurs et des moins jeunes, des duos qui se forment en fonction du rôle des avatars. Des pauses dans le jeu où les discussions ne concernent plus les personnages des joueurs, mais deviennent au fil du temps plus personnel, où on se donne rendez-vous pour le lendemain, où on se quitte par un « Bisous ! ».

Et le jeu avait pris beaucoup d’importance. Elle y consacrait toutes ses soirées et tous ses après-midis quand elle ne travaillait pas. Le jeu ou bien la communauté, les relations ? Elle était accro. Elle jouait avec Frèrejean l’avatar de Yann. Yann, son autre grain de sable, Yann et sa tendresse, Yann et sa bonne humeur, Yann et sa jeunesse, vingt ans de moins qu’elle. Mais cela n’avait pas d’importance, ce n’était que virtuel… Voila, le grain de sable : le monde virtuel de WOW où la limite avec la vie réelle n’existe plus, où pour parler de son avatar on parle à la première personne. Cela mettait de la fantaisie dans sa vie. Son époux devant la télé, elle devant son PC. La routine et l’indifférence faisait partie de son quotidien, la tendresse qui survit à l’amour n’existait plus. La communication n’était pas de mise dans leur couple. Beaucoup de non-dits. Elle n'aimait pas les discussions. quand elle avait envie de quelque chose, une sortie, un restaurant, si elle le voyait faire la grimace elle n'insistait pas et essayait de l'oublier trés vite. Au fil du temps les sujets de conversation se sont épuisés. La vie que les enfants mettent dans une maison n’était plus là, souvent les repas se passaient dans le silence ou sans parole consistante.

Un jour après, un repas expédié, elle décida de sortir, malgré le rendez-vous avec Yann dans WOW. Elle proposa d’aller au cinéma, voir ce nouveau film « le passager de l’été ». Non, cela n’intéressait pas son mari, il préférait le grand prix de Formule 1 à la télévision. Alors elle partit seule. Ce n’était pas la première fois qu’elle allait seule au cinéma, mais ce jour-là, elle prit conscience de ce qu’était devenu son couple. Alors au lieu d’aller voir le film et elle se gara dans le parking de l’ile des impressionnistes et partit marcher dans le parc.

Il faisait beau, alors en ce dimanche après midi les gens étaient venus en famille. Ses réflexions lui firent oublier les cris des enfants, les chants des oiseaux et les feuilles des arbres qui bruissaient sous le vent. Elle revit le film de ce dix derniers mois depuis qu’elle « rencontrait » virtuellement d’autres gens. Quels souvenirs de sa vie réelle avait-elle de cette période ? Pas grand-chose.  Des déceptions et les seuls moments agréables étaient ceux où elle avait reçu ses enfants à déjeuner. Que penseraient les enfants de ses pensées ? Ils ne comprendraient pas. Elle essayait de les repousser, mais les digues avaient lâché. Etouffée par tant de pensées ingérables elle s’éloigna du chemin et s’assit sous un saule pleureur au bord de la Seine. Les larmes coulaient à gros sanglot. Elle chercha ses mouchoirs et laissa la déferlante passer. Quand elle fut calmée, la migraine était installée mais sa décision était prise. Quand un couple se désagrège, il y a deux personnes qui ont participé à cet aboutissement, soit par indifférence ou parce qu’on ne veut pas voir ce qui se passe et que cela compliquerait la vie ou simplement qu’on n’a pas envie de se battre pour cela.

Cette ébauche de vie, d’amitié, de tendresse qu’elle avait effleurée ces derniers mois, elle voulait l’avoir dans la vie réelle avec de vrais gens. Pour commencer, elle décida de s’inscrire à des cours de golf, ce qu’elle avait envisagé une dizaine d’années auparavant. Elle en avait été détournée par la grimace de son époux.

Quoi d’autre ? Vivre libre ? Voyager ? Elle gagnait bien sa vie, elle prendrait son envol. Pour le mois de mai, elle ferait un circuit en Irlande, puis un week-end à Stockholm pour la fête de l’été. Elle sourit à ses projets qui se dessinaient si bien. Pour une fois, se payer le luxe d' être égoïste et de ne penser qu' à elle. Son front se plissa pour planifier son annonce. Ce soir après diner, elle lui dirait qu' elle demandait le divorce.  Ce mot résonnait dans sa tête douloureuse quand elle rentra chez elle. Elle se passa un peu d' eau fraiche sur le visage et les yeux, prit un comprimé pour soulager son mal de tête et prépara le diner.

De la cuisine, elle entendait le son particulier émis par la télévision du salon où une table ronde de journalistes et divers invités discutaient du dernier grand prix de Formule 1. 

Oui, ce soir, elle lui dirait.

Repost 0
Published by Mélodie - dans Jeux de mots
commenter cet article
5 juillet 2010 1 05 /07 /juillet /2010 10:42

Jeu d’écriture proposé par les poudreurs d’escampette : Le texte devra inclure en position non négligeable : un fourgon de police, les paroles d’une chanson, un chêne centenaire, une montre à gousset, un appareil photo, un médecin urgentiste et un bébé dans une poussette.

 

Allongée sur le trottoir Laurent voit le ciel du même bleu que ses yeux. Il ne ressent plus rien. C’est comme s’il n’avait plus de corps. Les bruits de la rue se sont interrompus, c’est comme le murmure d’une berceuse. Ses lèvres remuent sans émettre un seul son, mais il entend sa voix chanter : « Fais dodo, Colas, mon petit frère, fais dodo t’auras du lolo », cette chanson que lui chantait sa sœur ainée pour qu’il accepte de faire la sieste.

Il se revoit sur sa moto folle, dérapant sur la plaque d’égout détrempée par la pluie, lâchant le guidon. Lui s’envolant au delà de la grille du jardin public, la moto rebondissant dans un fracas immonde sur la voiture en stationnement et traversant la rue pour heurter violemment un bébé dans une poussette. La moto s’est arrêtée dans le café, faisant voler en éclat la vitrine, dans un bruit de ferraille et de verre brisé. Un silence, lourd, pesant s’est fait lorsque comme un pantin désarticulé son corps traversant le grand chêne centenaire du parc, le meurtrissant en cassant des branches.

Les bruits de la ville reviennent progressivement. Des bruits de pas, des mains qui le touchent pour écarter les branchages du vieil arbre qu’il a entrainés dans sa chute, une voix grave, peut-être d’homme lui demande si ça va, s’il veut qu’on lui enlève le casque. NON ! Surtout pas ! Il a essayé de crier mais un borborygme s’est échappé de ses lèvres accompagné d’un hoquet de sang rouge. Au loin des sirènes hurlent, une ambulance des pompiers certainement accompagnée d’un fourgon de police. Les policiers. Il imagine le groupe des experts mesurant et traquant le moindre indice. Cela le fait sourire. Il tousse, il vomit du sang, une douleur fulgurant lui tiraille le torse, quelques côtes cassées, sans doute.

Du coin de l’œil il aperçoit en travers de son ventre, sa besace béante ouvrant sur son matériel de photo. Pourvu qu’il n’ait pas perdu ses cartes. Il voudrait tendre la main pour la refermer, mais sa main est si lourde.  Son meilleur scoop de l’année ! Peut-être un prix à la clé, mais surtout un gros chèque. Demain il faudra qu’il demande à Michel de lui apporter son PC pour expédier les photos. Pas questions de confier cela à qui que ce soit. L’objectif de son appareil photo fixe son visage blafard et ces yeux vitreux qui ont perdu leur éclat. Il a envie de demander à l'homme d’appuyer sur le déclencheur pour immortaliser ces minutes. Des bottes apparaissent dans son champ de vision. Un pompier médecin urgentiste se présente, se penche sur lui et un visage un peu flou se découpe sur le ciel. Il cligne des yeux.

- Monsieur ? Vous m’entendez ?

- Bien sûr que je vous entends et ce n’est pas la peine de crier comme ça.  Ces mots inaudibles s’échappent de sa bouche entre deux quintes de toux.

Il ferme les yeux, une main tiède se pose sur son cou pour mesurer son pouls qui s’amenuise inexorablement.

-Vite ! Une perf ! Il fait une hémorragie !  Il est en train de partir !

Des mains fortes appuient sur son torse. Un masque est appliqué sur son visage. De l’air frais traverse son nez. Ses côtes sont douloureuses.  Il veut crier qu’il a mal, qu’on le laisse tranquille, qu’il veut dormir. Le temps passe. Son souffle s’épuise. Au loin une voix essoufflée psalmodie : « Respirez ! Respirez ! Respirez ! »

 

Au fond de la poche de son pantalon, La montre à gousset sonne midi. Trop tard pour l’édition de ce soir. Il faut prévenir sa mère, il devait déjeuner avec elle et avertir Armel, la concierge pour qu’elle vienne s’occuper de son chat.

Il compte les douze coups: un, deux, trois, quatre … Laurent n’entend plus, il ne voit plus. L’appareil photo aveugle n’a pas enregistré la dernière seconde où le rideau de la vie s’est refermé.

Une civière est apportée, on le glisse dans une housse. La fermeture est remontée jusqu’au dessus de son casque. La besace refermée est posée sur ses jambes.

De l’autre côté de la rue, l’ambulance des pompiers emporte une mère éplorée et l’enfant meurtri, vers l’hôpital, dans un hurlement de sirène.  

 

 

Repost 0
Published by Mélodie - dans Jeux de mots
commenter cet article
2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 12:22

Jeu d’écriture proposé par Frédérique Martin sur son billet Dix petits négres

  1. Intérieur Nord
  2. Trouvé dans une poche
  3. L’entracte
  4. L’écharde du silence
  5. Un clown s’est échappé du cirque
  6. Carbowaterstoemp et autres spécialités (coriace, celui là !
  7. Les citées perdues
  8. Le bleu des voix
  9. L’angoisse des premières phrases.
  10. La neige gelée ne permettait que de tous petits pas

 

 

La page blanche s’étalait sur la table éclairée par la lampe de bureau, comme une touriste en mal de bronzage. Pour la feuille de papier il n’était pas question de crayonnage, histoire de la faire changer de couleur, mais d’écriture. Profitant de l’entracte publicitaire entre le cours métrage et le film du cinéclub de la nouvelle chaine du câble CEAS, «Carbowaterstoemp et autres spécialités », je regardais par la fenêtre, pensant au propriétaire de ce restaurant branché qui était l’auteur de ce nom de chaine de télévision car bientôt on ne dirait plus que CEAS, en oubliant sa signification.
Dehors, la neige était tombée à gros flocon enveloppant le monde de silence ouaté. Sous la fenêtre les enfants faisaient un bonhomme de neige.
Distraite, j’écoutais les réclames comme pour éloigner l’angoisse de la page blanche, l’angoisse des premières phrases. Mon regard fut attiré par un mouvement, le petit homme marchait dans le jardin d’hiver. La neige gelée ne permettait que de tous petits pas. Dans son grand manteau qui recouvrait son habit de clown il ressemblait à ces femmes chinoises aux pieds bandés. Une interruption des réclames, et une voix robotisée annonça « un clown s’est échappé du cirque ». Le flot de publicité reprit. Mais je n’entendais plus. Je regardais le petit homme. Le stylo que j’avais trouvé dans une poche, se posa sur la feuille de papier immaculée, puis je laissais l’inspiration tant désirée m’aspirer. Prête, je la laissais s’écouler dans l’encre de mon stylo. J’imaginais l’homme et les cités perdues où il s’égarait, blessé par L’écharde du silence, dans un monde où la chaleur des mots avait disparu, remplacée par Le bleu des voix, bleues comme les glaciers de l’Intérieur Nord. J’oubliais les réclames de CEAS, le long métrage qui suivrait. J’oubliais le cri des enfants sous ma fenêtre autour du bonhomme de neige. J’avais oublié tout cela. Mon univers commençait avec, au milieu de nulle part, le petit homme perdu dans le jardin, recherché par toutes les polices du cirque et malmené par le silence.

 

 

 

Repost 0
Published by Mélodie - dans Jeux de mots
commenter cet article
2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 07:07

Pour la petite fabrique d'écriture,

 

 

 « Trois p’tits chats, chats, chats,

Chapeau de paille, chapeau de paille,

Chapeau de paille, paille, paille

Paillasson, paillasson,

Paillasson, son, son … »

STOP ! Non, regarde plus loin, l’arbre !

L’arbre à vœux, tout couvert de fleurs domine la colline. Toutes ces fleurs sont promesses de vœux. Quelques bonnes fées aident à les féconder. Quand elles auront terminés leur labeur un souffle de vent léger éparpillera les pétales sur le sol. Sous le soleil de l’été, bien entretenus, les vœux comme des fruits muriront. Puis arrivés à maturité, gavés de souhaits ils éclateront dispersant aux quatre vents les graines des vœux réalisés.  Ainsi, si vous avez été patients, et vous préparant pour le meilleur, si vous n’avez jamais perdu l’espoir, alors, une graine de vœu réalisé, viendra se déposer dans le jardin de votre cœur.  

 

D’après « l’arbre à Vœux » d’ Adamante

Repost 0
Published by Mélodie - dans Jeux de mots
commenter cet article
2 juin 2010 3 02 /06 /juin /2010 06:00

 

Voici le matin ! Matin d’été ! Matin-soleil !

L’ombre de la maison s’étire sur la terrasse. A peine levée, les cheveux en bataille, le pot de café fumant posé sur la table de jardin, j’ai bu sans la savourer ma première tasse de café, simplement pour avoir le goût du matin dans ma bouche. La dégustation sera pour la deuxième tasse, un peu plus tard. Installée sur la terrasse, je hume les odeurs de la nuit qui s’estompent arrosées par le soleil.  Douce langueur du matin où la nature s’éveille ignorant les bruits parasites de l’humanité encore endormie.

Mon stylo posé sur la table flirte avec les feuilles de papier immaculées. Le carnet Moleskine endormi attend que je vienne y puiser quelques idées jetées là au gré de mon imagination et de mes découvertes. 

Alors c’est mené d’une main de maître que le stylo s’élance essayant d’imiter son ancêtre le porte-plume dans l’art des pleins et des déliés. Dans sa hâte quelques accents où points sur les i ne se trouvent pas à leur place. Ceux-ci contrariés menacent de se déplacer pour se mettre en face de leurs points au risque de bousculer les consoles voisines. Que ferait un « i » sans sont point face au « m » massif, sûr qu’il ne fait pas le poids. Et ces « e » sans leurs accents, leurs mots appellent de toutes leurs lettres estropiées ou encore valides, les soins de la gomme. Mais celle-ci est absente, comme d’habitude quand on a besoin d’elle, bien à l’abri de la poussière au creux de la trousse, noyée au milieu des crayons. Devant tant de rébellion le stylo hésite puis d’une plume décidée pose les points sur les « i », les accents sur les « e » et au passage posent les barres aux « t » et, faisant plaisir au « m » accentué, rature l’inutile. C’est alors à la feuille blanche de discuter. Elle conteste le fait d’avoir été transformée en torchon. Le stylo s’excuse. La feuille de papier est triste de tous ces mots raturés, mais d’autres s' ajouteront dans les marges et quand il n’y aura plus de place des Post-it viendront se coller à elle. 

Matin-soleil, l’ombre se rétracte sur la terrasse et bientôt le soleil éclaboussera la table et les feuilles de papier, la tasse de café vidée, une belle journée s’annonce. 

 

 

Repost 0
Published by Mélodie - dans Jeux de mots
commenter cet article
27 mai 2010 4 27 /05 /mai /2010 15:00

Pour l'atelier d'écriture de Gwenaëlle:  une phrase de début, une phrase de fin et vingt minutes pour écrire un texte cohérent entre les deux.

Phrase de début : La chaleur du soleil semblait fendre la terre./ Phrase de fin: Quelque chose n’était pas comme d’habitude. (extraites de Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé)

 

La chaleur du soleil semblait fendre la terre.Le ciel était blanc de lumière et de tous les côtés où on se tournait, rien. Même l'horizon masqué par la blancheur de la chaleur avait disparu. Au milieu de nulle-part, les deux hommes marchaient lentement, au même rythme , l'un derrière l'autre. Vêtus d'un pantalon de toile, d' une chemise délavée et des espadrilles avachies aux pieds, ils avançaient. La peau tanèé, les yeux clairs plissés, pas une goutte de sueur ne coulait sur leurs fronts burinés. Leurs  yeux pâles, presque blancs ne cillaient pas sous le soleil éblouissant. Rien ne les faisaient ralentir, ni accélérer. Pas un mot n'était échangé. Les aspérités de la terre desséchée disparaissaient sous leurs pieds. Un pas, puis un autre, ainsi de suite et la ligne d'horizon ne se matérialisait toujours pas. Rien, comme si la terre était un prolongement du ciel, elle ne tournait plus, le soleil était un phare vers lequel ils se dirigeaient espérant un port, havre de paix.

Pas de bruit, la vie avait déserté. Les deux hommes marchaient, marchaient comme des métronomes. Plus de point de repère. Ils étaient partis d'un coin de verdure jaunissant où la vie s'était évanouie. Plus de projet, rien pour leur rappeler qu'ils en eurent un jour. Ils ne se retournaient jamais, comme si leur passé n'avait pas existé. Ils ne laissaient aucune trace de pas sur le sol. Même leurs ombres étaient restées à la traine, ignorant qu'elles devaient les suivre.

Soudain le premier s' arrêta, attendit que le second arrive à sa hauteur puis en repartant il dit que quelque chose n'était pas comme d'habitude. 

Repost 0
Published by Mélodie - dans Jeux de mots
commenter cet article
3 mai 2010 1 03 /05 /mai /2010 06:47

 

Derrière la baie vitrée,

La pleine lune irise la surface du lac.

Tu t'es assoupie au creux du fauteuil.

Sur le pas de la porte il s'est arrêté.

Lascive, belle endormie,

La nacre de ta peau éclaire

Le voile de soie diaphane de ton déshabillé

Dont l’orangé estompe le cuivre de ta chevelure.

Doucement il pose son bagage,

Desserre le nœud de sa cravate,

Et avance jusqu'à toi.

Son regard, lentement caresse tes courbes,

Ton visage apaisé qui repose sur ton bras replié,

L'arrondi d'une épaule,

L'ombre d'un sein

Et la courbe de ta hanche.

Sa main se tend vers toi presque à te toucher

Craignant de se brûler.
Tu es tentation à l’état pur,

Son cœur s’emballe

Quémandant la chaleur

De ta douce flamme qui réchauffera

Son repos de guerrier.

 

Repost 0
Published by Mélodie - dans Jeux de mots
commenter cet article

Présentation

  • : Le blog de Mélodie
  • Le blog de Mélodie
  • : Plaisir d'écrire
  • Contact

Profil

  • Mélodie

Le jardin de Mélodie

Toi, l'ami qui vient me lire,

Ici, tu es libre.
Tu peux juste passer le long de la clôture,
entrouvrir la petite porte,
ou bien venir t' asseoir sur le banc,
Coin-de-jardin.JPG t'imprégner des senteurs fleuries
des arbres de l'amour et de l'amitié,
des fleurs parfumées
De tendresse, de plaisir et de douceur
Reste, je te rejoindrais
à l'ombre des arbres
pour te donner la quiétude et la sérénité,
et si tu es bien, accepte quelques fleurs... 
Mon ami Sophocle,
ici tu verras comme
"il est doux de perdre la conscience de tes malheurs",
dis moi quand tu seras de passage!
Juste un signe qui sera
une graine de bonheur dans mon jardin! 

Recherche

Textes protégés

sceau1ah

00048925