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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 10:52

Pour la petite fabrique d'écriture

 

Elle leva le visage vers la montagne. Le torrent dévalait la pente pour se terminer en cascade dans cette cuvette. En aval le torrent un peu plus large longeait une grande bâtisse. Depuis le matin elle avait marché par les chemins de randonnée dans un but bien précis, retrouver l’atelier de maître Dujardin. Sa grand-mère lui en avait tellement parlé, racontant le chant du torrent, le grincement de la roue à aubes et le cliquetis des chaines des métiers à tisser. Assise sur les genoux de son aïeule elle écoutait et l’encourageait : « Allez Grand-ma, raconte encore ! ».

Et la voila, quelques trente ans plus tard regardant le vieil atelier du maître tisserand.  Elle reprend sa marche, la pente est abrupte et malgré son impatience, prend tout son temps pour dévaler le sentier.

De loin elle avait eu l’impression que la cloche allait sonner pour autoriser les ouvriers à sortir pour déjeuner au soleil dans la petite clairière. Dans le torrent les bouteilles de vin étaient mises à rafraichir. De près, elle ne pu que constater la vétusté des murs. Des morceaux de grosses ardoises jonchaient le sol au pied des murs.

Elle entreprit de faire le tour du bâtiment enjambant les ronces qui couraient sur le sol, contournant le buisson d’orties. A L’arrière du bâtiment, on avait détourné une partie du torrent qui s’engouffrait sous le mur de la roue à aubes. Grand-ma lui avait raconté le buisson d’aubépines qui grimpait le long du mur et qu’il fallait tailler pour que la plante n’envahisse pas le mécanisme. Personne n’avait imaginé l’arracher. Maintenant les ronces recouvraient tout. La roue à aubes était entravée par les branches.

Remontant le long du bâtiment elle s’approcha de la porte de bois à deux vantaux.  C’était la seule ouverture encore occultée, les fenêtres n’avaient plus ni volets ni carreaux. Elle rebroussa chemin pour emprunter la petite porte grande ouverte qu’elle avait entraperçu. A l’intérieur, il faisait sombre et humide. Quand ses yeux se furent accommodés à l’ombre. Elle était dans une petite pièce, un pied de chaise gisait dans un coin, dans l’autre on pouvait deviner les restes d’un bureau et au mur un morceau d’affiche vantant les avantages du métier «Jacquard ». Elle sourit. Cette affiche, Grand-ma lui en avait parlée. Dans le bureau du contremaître, elle était immense … certainement, pour la petite fille qu’elle était alors. Elle avança vers la pièce voisine et découvrit ce qui devait être l’atelier de tissage des toiles de lin pour le linge de maison. En levant la tête elle pu apercevoir le haut des grands métiers avec les restes de chaines qui pour certaines descendaient jusqu’au sol. Des hommes travaillaient sur ces grands métiers. Souvent des jeunes, fils cadets de fermiers qui venaient travailler là parce qu’il n’y avait pas assez de travail à la ferme.  Grand-ma accompagnait sa mère qui préparait les draps et nappes de pur lin pour les brodeuses. Grand-ma aidait sa mère à vérifier si le travail de broderie ne serait pas gâché par un défaut de tissage, ensuite seulement les pièces de tissu étaient coupées aux bonnes dimensions et les motifs à broder poncés. Quand les brodeuses rapportaient leurs ouvrages elle était chargée de les vérifier. Tout cela se passait dans le brouhaha des métiers à tisser. Souvent Grand-ma s’échappait et venait s’installer dans le coin du mur où elle pouvait voir Benjamin, son cousin. C’était le meilleur ouvrier de l’atelier, le plus rapide et celui qui entretenait le mieux son outil. Elle regardait mes mains aller et venir sur le métier. Elle ne comprenait pas le fonctionnement et pour cela elle le considérait comme un magicien. Le tissu damassé sortait du métier comme par enchantement. Souvent, en fin de journée, hypnotisée par les mouvements du mécanisme elle s’endormait assise dans son petit coin jusqu’ au moment où sa mère venait la réveiller quand la journée de travail était terminée.

Un siècle plus tard, sa petite-fille rêvait et spectatrice replantait le décor, imaginait les visages, les bruits de l’atelier les rire des ouvrières et des enfants et les plaisanteries des tisserands. Elle entendit presque le bruit de la cloche qui lui annonçait qu’il était temps de déjeuner. Sortant de sa torpeur elle revint au soleil dans la clairière, s’assit sur une souche d’arbre et prit son déjeuner dans son sac de randonneur. Le silence reprit possession de l’atelier, les oiseaux continuèrent de chanter, le vent fit bruisser les feuilles des arbres et le torrent évita les godets de la roue à aubes.

Grand-ma avait rejoint les anges depuis plus de dix années et le cousin Benjamin s’était endormi pour toujours au champ d’honneur, du côté de Verdun, les mains couvertes de sang. L’atelier s’était éteint doucement pendant la Grande-Guerre, Le fils du patron avait disparu aux côtés du cousin Benjamin.

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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 08:52

 pour le défi de Birgophéa: l'homme et la fidélité

Il r
egardait son épouse. Elle était toujours aussi belle avec son visage lisse comme celui d'une jeune fille et sa silhouette longiligne. Où était passée leur belle complicité ? Chacun ayant ses occupations, ils ne communiquaient plus. Elle avait essayé plusieurs fois d’avoir une discussion pour comprendre cette relation qui n’existait plus et ces mots devenus acides quand ils n’étaient pas indifférence.  Il la fixait toujours avec ce regard pensif quand elle leva les yeux de son assiette. La question fusa : « j’ai une mouche sur le nez ? ». L’accent irlandais qui l’avait charmé autrefois lui écorcha les oreilles. Pour une fois il n’eut pas envie d’avoir le dernier mot et eut un haussement d’épaules avant de se concentrer de nouveau sur le contenu de son assiette. Il savait que son hyperactivité, son travail et ses fonctions de bénévole l’occupaient beaucoup. Il n’avait pas vu la dérive ni le moment où il s’était déconnecté.
Ses hôtels fonctionnaient parfaitement. Pour le dernier qu'il avait acheté au printemps il avait embauché une jeune directrice qui avait acquis son expérience en faisant le tour de l'Europe dans de grands hôtels.
Très professionnel, lors de l'entretien d'embauche il avait surtout remarqué son expérience professionnelle, sa distinction et sa classe. Depuis ce jour-là, elle assumait parfaitement sa fonction.
De plus en plus souvent il pensait à cette jeune femme qu'il avait regardée différemment à la suite de la dernière réunion mensuelle de ses directeurs. Elle était restée quelques jours de plus pour une formation.  Ils avaient déjeuné une fois ensemble. Après avoir traité quelques sujets relatifs au travail, la conversation s'était élargie, était devenue plus personnelle aussi.  Il l'avait appréciée d'une manière différente. Il avait vu une jeune femme jolie, charmante, cultivée. Il s'était surpris à faire l'effort de vouloir plaire, lui si sûr de son charme, de son physique, lui le patron, l'homme de cinquante ans, marié et père de famille.
Ce soir, assis à la table du dîner, face à son femme, il se sentait mal à l'aise. Ses pensées vagabondes lui donnaient un air pensif qui intrigua son épouse. Quand elle s'en inquiéta, il lui répondit :"juste un petit problème au bureau".
Plus tard, dans l'intimité de son bureau, il repensa à l'inquiétude de sa femme et réfléchit à ce mensonge, à ce "petit problème au bureau". Il lui plaisait, il l'avait bien vu. De son côté, il devait bien se l'avouer, elle l'intriguait et elle avait quelque chose de spécial qu'il aimait bien. Jusqu'à présent, il ne s'était rien passé... pas encore, pas un geste, pas une parole les engageant vers une liaison. La tentation était là, il lui suffisait d'un mot pour s'aventurer en terrain inconnu, celui de l'infidélité... mais ne l’était-il pas déjà par la pensée ?
  

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18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 21:30

Pour la Petite Fabrique d'écriture

 

Il la suivait, de loin sur le pont-promenade du paquebot. Elle marchait tranquille. Chaussée de ballerines elle avait une démarche de danseuse étoile. Longue, élancée, elle avait de longs cheveux noirs qui volaient au vent. Elle tentait de les retenir et de les enserrer dans un foulard de soie qui voulait partager le vol des mouettes.

Elle se posta dans l'encoignure d'une porte pour se protéger du vent et enfin envelopper ses cheveux dans le foulard. Elle semblait tout droit sortie de l'affiche de la publicité pour ces croisières.

Elle reprit sa promenade. Le regard fixée sur l'horizon, elle admirait les couleurs du ciel sous le soleil couchant. De temps en temps l'ombre de petits nuages atteignait le bateau et la fraîcheur du crépuscule se faisait ressentir, le temps que le soleil réapparaisse.

Il regardait cette silhouette fine dont la robe fluide et légère flottait autour de son corps comme un drap claquant au vent. Robe de grand vent qui la soulevait. Il pouvait admirer la blancheur d'une cuisse. N'ayant plus besoin de retenir ses cheveux, elle retint d'une main le pan de la robe, la resserrant autour de son corps. Il apprécia ainsi la rondeur de ses hanches, le derrière des genoux. Arrivée sur le pont arrière abrité du vent, elle lâcha la robe qui se mit à bouger au rythme de ses pas. Elle ralentit et s'appuya à la rambarde pour regarder deux enfants, sans doute frère et sœur qui se chamaillaient.

Il pu ainsi admirer le côté face. Le visage ovale était doux et les yeux masqués par des lunettes de soleil. Il resta ainsi de longues minutes à l'admirer. Le haut de la robe moulait son buste et la finesse de la soie laissait plus que deviner la rondeur de ses seins surmontés de petits tétons. Il sourit à cette pensée. la brise légère appuyait la jupe sur son ventre et ses cuisses. Un soupir s'échappa de ses lèvres. Il se passa la main sur les yeux comme pour effacer cette vision.

Les enfants s'éloignèrent.

Ils se retrouvèrent seuls, chacun à une extrémité du pont. Elle semblait perdu dans ses pensées quand elle se redressa et d'un pas décidé partit dans sa direction. Il la regarda s'approcher de lui et s'arrêter à un pas de lui. Elle avait un léger sourire sur les lèvres quand elle enleva ses lunettes et il put admirer l’or de ses yeux. Il ne s'en lasserait jamais. Il posa sa main sur son épaule et demanda : "qu'as-tu sous ta robe ?"

Elle sourit un peu plus en s'approchant de lui jusqu'à le toucher et mutine lui répondit : "peut-être rien". La main se fit caresse pour glisser vers un sein. Elle s'arrêta sur la rondeur d'une hanche. Au creux de son cou il murmura : "pas peut-être. Rien"

 

 

 

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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 16:15


Pour les parchemins de Bigorphea, le deuxième défi
 

 

Les lumières du théâtre s'éteignirent. Le pompier de service fit sa dernière ronde à la lueur des veilleuses et de sa lampe torche. Le claquement de la porte et le silence se fit, un silence lourd.

Sur la scène, la longue dame brune apparut. Elle glissait sur le sol. Ses pas ne faisaient aucun bruit et ne laissaient aucune trace. Le décor s'animait sur son passage.

Elle fut vestale en traversant les ruines et un instant elle admira le temple reconstruit. Vêtue de la longue tunique grise et blanche, les épaules couvertes d’un long manteau de pourpre elle ranimait le feu sacré.

Le long du rideau elle fut habillée de rouge et son regard capta un paysage lunaire sous le clair de Terre. La couleur pourpre du rideau nimbait de rouge le paysage comme si une averse de sang était tombait.

Elle fut reine, une lourde couronne ceignant son front, quand elle traversa le champ de bataille de l'échiquier. Une révérence devant le roi blanc, son ennemi, un encouragement aux soldats, un rire devant les pirouettes des fous et elle jeta son mouchoir à son cavalier avant de saluer le roi noir son époux. Enfin elle prit place dans l'arène.  Les maitres du jeu étaient de grands joueurs. Le roi lança les ordres, la bataille fit rage. Elle fut vite écartée par son manque d'expérience. Reine déchue, elle ne voyait qu'une partie de l'échiquier. Le silence se fit. Le roi blanc anéantit le fou de la reine. La bataille était perdue.

Elle se trouva à demi-dévêtue quand son maître du jeu la prit dans sa main. Elle s'imagina femme tentatrice amoureuse avançant vers son amant mais sa promenade s'arrêta là. La reine déchue mourût sur un lit de mousse, dans la chaleur d'une paume. La longue dame brune disparut dans l’ombre du théâtre.

 

 

 

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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 13:55

 pour la petite fabrique d'écriture 

 

Voici le printemps ! Tout est joyeux. La nature se réveille et comme toutes les années au début du mois d'avril toutes les associations vont se réunir.

C'est ainsi que remontant les gouttes de pluie pour s'installer sur le nuage, la congrégation des pétales accompagnée de la fanfare des mille feuilles avance comme un régiment de soldats. A sa tête, le général Magnolia se dandine, un peu essoufflé pour cause d'embonpoint. Derrière, essayant de l'imiter les sœurs Tulipe qui rougissent à chaque cou d’œil que le général jette au-dessus de son épaule. Et c'est le tour des enfants Cerise toujours indisciplinés qui vagabondent de droite et de gauche au grès de la brise printanière.

Le soleil fronce les sourcils devant tous ces débordements. Les feuilles qui encadrent tout ce beau monde sont un peu bousculées et la musique émise par leur bruissement, militaire et disciplinée au départ de la procession s'est transformée air jazzy genre Nouvelle-Orléans. Même le dandinement du général Magnolia s'en est accommodé.

Tout à coup le général s'arrête brusquement et toute la troupe se retrouve agglutiné dans son dos, qu'il a bien dodu il faut l'avouer, ce qui a permis d'amortir la bousculade. Fronçant quelques nervures, soufflant sur un reste d'étamine, il se retourne et parlant haut et fort pour que tous puissent l'entendre au-dessus du brouhaha, dit :

- nous avons besoin de parfum. Où est passée la famille Aubépine?

seul un lourd silence lui répond. Il fronce un peu plus les nervures. Ce qui fait rire les enfants Cerise :"s'il continue il va faner plus vite"

quand de très loin une petite voix assourdie répond:

-Nous ne pouvons pas venir, nous sommes encore dans les bourgeons. comme chaque année, vous vous réunissez trop tôt pour nous.

Le général se redresse, se remet dans le sens de la marche en grommelant que c'est ennuyeux et qu'il faudra bien trouver une solution. Toute la petite troupe se remet en marche et arrive sans encombre au bord du nuage. Ils trouvent tous facilement leur place. Les enfants Cerise ont trouvé un petit monticule où ils peuvent rebondir en sautant comme sur des ressorts. Contents de tous se retrouver chacun interpelle une vieille connaissance.

Soudain un brouhaha venant du moutonnement de l'arrivée se fait entendre. Le silence se fit parmi les congrégations pour que tous puissent entendre ce qui se passait. L'association des Vers de tous pieds faisait son entrée discutant haut et fort. Apparemment, il y avait un problème. Martial, le ver de terre discutait de manière énergique avec Isidore l'iule non moins virulent. Ils n'étaient vraiment pas d'accord. L'un voulait, l'autre pas. Derrière eux le ver à soie et un objet non identifié pour l'assemblée se disputaient.

Le général décida que cela suffisait et s'approcha des antagonistes pour demander de quoi il s'agissait. Ce qui ne fit qu'empirer le bruit, une vraie cacophonie. Si cela continuait, ils allaient provoquer un orage ce qui ferait dégonfler leur nuage et rater leur réunion. D'une voie tonitruante il cria ; "SILENCE !"

On entendit le frémissement du vent sur le nuage.

Tout de suite il en profita pour demander:

- bonjour! Vous, la chose! Qui êtes-vous?

l'objet non identifié répondit:

- je suis Alexandrin le jeune, issu d'une longue lignée de vers. Mon ancêtre le plus lointain connu est né au XII ème siècle de notre ère.

Tous s'esclaffèrent, depuis longtemps déjà ils ne cherchaient plus à savoir qui était leur plus ancien ancêtre. Cela datait de la formation du monde.

-Silence!

-et qu' est-ce qu'un alexandrin?

- un vers à 12 pieds

Les vers de la communauté regardèrent ce drôle de... de quoi déjà? Pas animal, pas végétale ! Truc, machin, bidule, entité, bizarre.

le ver à soie se lança

- Douze pieds? Comment cela?

- oui, douze syllabes et je rime avec mon frère.

- comment cela? Tu parles un drôle de langage ! rime? Que veux-tu dire ? Comme est-ce que je peux rimer ? Et puis syllabe ? C'est quoi?

- on rime quand notre dernier pied est semblable au dernier d'un autre vers.

- ah! ? mais je n'ai pas de dernier pied. Les miens vont par paire ? Lequel est le dernier ? Celui de droite ou celui de gauche!

- moi, ils sont les uns derrière les autres, à la queue leu leu

- et bien comment fais-tu pour avancer ? Tu dois tomber tout le temps!

- non, non ! c'est très facile ! Je ne bouge pas. Je suis inscrit dans un livre et quand on me déclame je suis transporté par le vent comme une feuille ou un pétale.

Plus personne ne comprenait ce ver qui ne parlait pas le même langage que l'assemblée.

Curieux le ver de terre demanda

- c'est quoi un livre?

La feuille de laurier, violoncelle de la fanfare, se précipita et dit :

- je sais, je sais ! Mon grand oncle le chêne me l'a expliqué quand notre arrière-arrière cousin le peuplier s'est retrouvé couché parterre découpé en tronçons. Une autre confrérie (de géants, qu'on ne connaît pas) l'a découpé.

- découpé ? Comme les fourmis avec les feuilles?

- oui, c'est ça. Ils en font de très petits morceaux, mélangés avec de l'eau. Quand c'est sec cela fait des feuilles blanches comme les pétales de cerisier. Ils mettent les feuilles ensemble serrées les unes contre les autres et ça fait un livre.

-des feuilles blanches ! Elles sont malades ou c'est de la monnaie du pape!

- non, non, elles sont très grandes ! Encore plus que les feuilles de rhubarbe!

- c'est nul ! Ca sert à rien!

- à nous, non. Mais ils doivent bien en faire quelque chose, parce que l'année dernière ils ont pris tous les peupliers de l'autre côté de la clairière aux violettes.

Alexandrin s'impatientait

- alors ? S'il vous plait ? Je peux rester...dites?

Tous se regardèrent très intrigués et perplexes.

Le Général se racla la gorge et d'un ton solennel dit:

- dans le doute nous t'accepterons dans communauté des vers de tous pieds et tu seras dans la catégorie des vers exotiques

- tous acquiescèrent, soulagés que quelqu'un de haut rang trouve une solution.

Alexandrin le jeune se redressa et glissa sur le nuage pour s'arrêter auprès du Général.
Très loin de là, au fin fond de la Grande Bibliothèque, pour la confrérie des poèmes c'étaient l'état d'urgent. La répétition de la réunion annuelle ne pouvait commencer. Pour la première fois on devait déclamer "L'Expiation" . Or le premier vers manquait à l' appel. Et pas de doublure pour le remplacer. C'était un des vers que Victor Hugo n' avait pas raturé.

"Waterloo! Waterloo! Waterloo! Morne plaine,"

 

 

 

 

 

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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 13:06

pour les parchemins de Bigorphea

 


Au cœur de la forêt, dans une jolie clairière, la flore et la faune vivaient en parfaite harmonie. A la tombée du jour, tous les animaux venaient assister à la veillée où l’un d’entre eux racontait une histoire qu’il tenait de ses parents. Ce soir-là, ils étaient plus nombreux que d’habitude. Avant de s’installer, ils passaient par le bord de la mare pour faire leur toilette du soir ce qui permettait aux plus coquets d’admirer leur reflet.

Sur les   branches qui avançaient au dessus de la clairière les oiseaux s’alignaient. Au plus près du tronc du gros chêne la chouette trônait et hululait doucement. Le rossignol chantait accompagné d’un chœur de pinsons. Les écureuils grignotaient quelques noisettes nouvelles. Les lapins sautillaient avec les faons qui n’osaient pas s’éloigner de leurs mères. Les biches aux yeux de velours surveillaient tout ce petit monde.

Le silence se fit quand le maître des lieux s’avança dans la clairière. C’était un grand cerf aux hauts bois dans la force de l’âge. Tous le respectaient et à l’unanimité il l'avait choisi pour être maire de la communauté.

Il avait un air très grave. Des choses bizarres se passaient à l’orée de la forêt au bord de la mer. Le maire s’installa au centre d’une ronde de rosés des prés aux chapeaux blancs. Le crépuscules leur donnait des reflets de nacre. Il raconta les dernières nouvelles du carnet mondain puis en vint au sujet que tout le monde attendait. IL raconta l’invasion de ces étranges animaux en bord de mer. Ils s’appelaient Caterpillar, étaient très bruyants –même la nuit. Le chien du garde chasse lui avait dit qu’ils se construisaient un genre de nid qu’ils appelaient village de vacances. Il y avait aussi cette odeur particulière, omniprésente qui altérait tous les parfums de la forêt.  Que pouvaient-ils manger ? du pétrole, avait dit le chien du garde chasse, et même que c’était l’odeur de leurs flatulences !

Les lauriers qui bordaient la plage ne fleurissaient plus, tant ils étaient couverts de poussière.

Il y avait aussi ces drôles d’animaux qui nageaient sur le lac et amenaient des humains Le maire avait pu lire leurs noms inscrits sur leur peau. Ils se nommaient tous pareil : Zodiac ! Et en plus avec une faute d’orthographe, n’écrit-on pas Zodiaque !

Toute l’assemblée était triste et un silence pesant la recouvrait quand on entendit une petite voix. Cachée sous quelques feuilles mortes une jeune girolle demanda s’il était vrai que des fongicides étaient utilisés. Tous étaient horrifiés. Tout le aime les champignons ! Même les humains ! C’était une trahison !

-Ce n’est pas sûr, dit le maire, mais nous n’allons pas attendre que nos amis meurent pour en être convaincus. Aujourd’hui, ma horde et moi, nous avons exploré la forêt et nous avons trouvé une autre jolie clairière. Dés demain matin, nous partirons. Pour nos amis les champignons, si vous arrivez à vous extirper de la terre sans trop casser vos racines, nous vous aiderons tous à parcourir le chemin.

Toute la communauté approuva. Le grand cerf était très intelligent.
Le lendemain matin la forêt avait changé. Un silence lourd l’habitait. Tous les animaux portant une chanterelle, un pleurote, un rosé des prés, un polypore, … s’enfoncèrent au plus profond de la forêt pour une nouvelle clairière.

Les humains, étonnés de ne plus voir ni entendre les animaux en apportèrent. C'étaient ceux qu'ils cultivaient dans des musées-zoos... 

 

 

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Toi, l'ami qui vient me lire,

Ici, tu es libre.
Tu peux juste passer le long de la clôture,
entrouvrir la petite porte,
ou bien venir t' asseoir sur le banc,
Coin-de-jardin.JPG t'imprégner des senteurs fleuries
des arbres de l'amour et de l'amitié,
des fleurs parfumées
De tendresse, de plaisir et de douceur
Reste, je te rejoindrais
à l'ombre des arbres
pour te donner la quiétude et la sérénité,
et si tu es bien, accepte quelques fleurs... 
Mon ami Sophocle,
ici tu verras comme
"il est doux de perdre la conscience de tes malheurs",
dis moi quand tu seras de passage!
Juste un signe qui sera
une graine de bonheur dans mon jardin! 

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